Le traitement à la nicotine n’annule pas l’envie de fumer

 

 

Le traitement à la nicotine avec diminution de la dose de nicotine n‘annule pas l’envie de fumer, il faut ajouter l’arrêt brutal pour arrêter de fumer sinon on continuera de fumer. 


Il peut y avoir un effet placebo qui rassure et atténue l’envie de fumer, puis l’effet disparaît quand on arrête le traitement, le taux de rechute devient le même que l’arrêt brutal sans aide (1).  


Le traitement serait efficace, mais sans diminution de la dose, si la nicotine pure était plus agréable, meilleure que la nicotine mélangée dans la fumée, alors elle annulerait l’envie de nicotine mélangée, le fumeur arrêterait de fumer sans passer par l’arrêt brutal et il deviendrait nicotinomane. Il y aurait des centaines de millions de nicotinomanes puisque les traitements existent depuis des décennies et ce serait connu de tous les fumeurs, ce n’est manifestement pas le cas.  


Le nicotinomane ne supporterait pas la diminution de la dose, et s’il arrêtait d’en prendre, il aurait une sensation de manque difficile à supporter ou insupportable comme c’est le cas bien connu pour les cocaïnomanes ou héroïnomanes quand ils sont privés de drogue.   


Le cas est le même vis à vis de la quantité de cigarettes fumées, comme vu il est extrêmement difficile de diminuer sa consommation ou impossible pour la totalité des fumeurs, ainsi que de ne pas fumer un ou quelques jours sans envies de fortes  intensités, alors qu’on se passe facilement de la plupart des habitudes quelques jours sans envies de fortes intensités. Ce n’est pas un élément particulier de la fumée que veut le fumeur, mais la totalité de la fumée, et la même quantité de  cigarettes fumées, l’ensemble des éléments. 


Le paquet de cigarettes, l’ensemble des éléments, est au fumeur ce que l’élément pur, héroïne ou cocaïne, est au drogué.  


La nicotine, l’élément pur, est à l’opposé de la cocaïne et de l’héroïne, le fumeur supporte facilement la diminution de la dose et arrête facilement le traitement, sans le reprendre par la suite à cause d’un manque de nicotine, simplement parce qu’il n’y pas de dépendance à la nicotine car elle est désagréable ou neutre. 


Pour se rendre compte que la nicotine pure est désagréable il suffit d’en inhaler avec un inhalateur de nicotine pure vendu par les laboratoires, procédé qui est le plus proche de l’inhalation de nicotine mélangée qui passe par la bouche. À la gomme à la nicotine est ajoutée de la menthe, de la cannelle ou des saveurs de fruits pour que ce soit agréable, sinon elle serait désagréable et on arrêterait le traitement plus rapidement. De même pour les liquides nicotinés de la cigarette électronique, les arômes sont très nombreux. Le patch est moins désagréable ou neutre, sans plaisir ni peine, car la nicotine ne passe pas par la bouche.


La nicotine pure par voie orale provoque un assèchement de la bouche, une irritation de la bouche et de la gorge, de la toux, encombre le nez… À mesure que la dose de nicotine augmente, elle est de plus en plus désagréable, deux experts disent ceci : 


L’absorption par voie orale, de doses suffisamment élevées entraîne des sensations de brûlures, violentes et aiguës, dues à sa causticité, ainsi que des nausées, des vomissements, des diarrhées, des sensations de suffocation et d’angoisse, des contractions d’origine centrale. […] La nicotine est très toxique, une ou deux gouttes sur la langue ou l’œil d’un chien déterminent la mort immédiate (2).


Comme la nicotine pure est désagréable ou neutre, les volontaires pour les études sur la nicotine préfèrent ne pas s’en autoadministrer. Deux chercheurs sur la dépendance à la nicotine disent ceci après avoir étudié plus de 700 études diverses sur la nicotine : 


Nous avons établi qu’il n’y a pas une seule expérimentation connue en mesure de montrer que les êtres humains, y compris les fumeurs en situation d’abstinence, préfèrent s’autoadministrer de la nicotine (par injections en intraveineuse ou par un procédé quelconque de substitution nicotinique) comparativement au placebo (3). 


La nicotine pure n’est donc pas meilleure que la mélangée mais désagréable ou neutre et ne peut donc par sa propre force annuler l’envie de fumer et fumer, il faut, comme dit, s’imposer l’arrêt brutal sinon on continuera de fumer, le traitement est comme un tournevis pour enlever un clou, il faut ajouter un autre outil. 


Certaines statistiques de rechute sont habilement retournées. Par exemple, des laboratoires disent que le traitement à la nicotine a 70% de réussite en plus que l’arrêt sans aide. Ce qui veut dire que si 10 sur 100 n’ont pas rechuté un an après l’arrêt sans aide, 17 sur 100 n’ont pas rechuté avec la nicotine, ce qui fait bien 70% en plus par rapport à 10, mais c’est trompeur puisque le fumeur pense que c’est une efficacité beaucoup plus grande que l’arrêt sans aide. Il est donc attiré par cette publicité, bien plus que si on lui dit que l’efficacité est de 17% contre 10% pour l’arrêt sans aide, ou que 83% rechutent à un an, ce sans parler de l’exagération commerciale du taux. 


Il est souvent dit que la nicotine dans la fumée domine le tabagisme et que le reste est négligeable, de là on peut conclure que en fumant des cigarettes sans nicotine, le fumeur arrêtera de fumer spontanément sans s’imposer l’arrêt brutal car il n’aura pas envie de tabac sans nicotine. 


Le traitement consisterait en une diminution de la dose de nicotine très progressive pour que le fumeur ne ressente pas un appel irrésistible à la dose précédente, par exemple le fumeur fume des cigarettes avec 95% de la nicotine habituelle jusqu’à ce qu’il s’y habitue et ne sente plus l’appel de la cigarette à 100% de nicotine qu’il fumait avant, puis des cigarettes avec 90% de la nicotine habituelle jusqu’à ce qu’il ne sente plus l’appel de celle à 95%, d’autres avec 85%… et enfin des cigarettes sans nicotine, mais une étude correspondante n’a pas été faite, nous devons voir par d’autres voies. 


Le fumeur arrêterait donc de fumer spontanément, mais c’est oublier les autres composants de la fumée, plus de 4000, dont les goudrons, le monoxyde de carbone, l’ammoniac… les agents de saveur et d’arômes, le puissant réflexe gestuel et l’élan ou l’erre de la pratique de fumer, le tout réclame à cor et à cri de fumer même s’il n’y a pas de tabac et de nicotine. 


Pendant la seconde guerre mondiale, il y avait une pénurie de tabac, les fumeurs ont fumé quantité de plantes sans aucun rapport avec le tabac : armoise, menthe, tussilage, feuilles de noyer, de frêne, de pomme de terre…(4). La nicotine est présente dans d’autres plantes comme la pomme de terre, la tomate, le chou-fleur, l’aubergine… mais à des doses beaucoup plus faibles, dans 10 kilos d’aubergines la quantité de nicotine est égale à celle d’une seule cigarette. Malgré l’absence presque totale ou totale de nicotine, l’envie de fumer était intacte et ils continuaient de fumer, ils avaient, comme avant la pénurie, le besoin impératif de fumer, l’empreinte très tenace du tabac commandait de fumer.  


Autre voie, comme la nicotine domine, c’est justement la partie de la fumée qui appelle le plus et donc demande le plus d’effort pour s’en séparer, quand la différence sera assez grande le fumeur ne la supportera pas, il aura sans cesse envie de renouer avec la dose habituelle, il rechutera en fumant des cigarettes avec la nicotine habituelle puisqu’elles sont toujours commercialisées et que le traitement ne fait pas obstacle pour les refumer, le tabagisme habituel reste en puissance. 


Si un autre composant domine la nicotine, les goudrons par exemple (les sensations dans la trachée viennent essentiellement des goudrons et ils sont en quantité importante, en fumant un paquet par jour pendant un an, un fumeur inhale 250 ml de goudrons dans ses poumons, soit l'équivalent de deux pots de yaourt), le problème est le même, la diminution sera mal supportée et on voudra renouer avec la dose habituelle. 


En fait aucun élément de la fumée ne domine pour la raison suivante : plus on est fidèle à une qualité, la qualité préférée, moins un élément domine et plus on les veut tous à égalité, au contraire, moins on est fidèle à une qualité, plus un élément domine et plus on veut une variété de qualités avec l’élément dominant. 


Par exemple, le sucre domine dans la pâtisserie, l’amateur ne se fixe pas sur un gâteau particulier mais les apprécie tous ou une grande variété, il n’a pas de préférence, change facilement et trouve un plaisir pour chaque pâtisserie sans ressentir de manque pour un gâteau préférée. Pour un régime, quel laboratoire oserait proposer d’avaler des cuillères de sucre pur ou des patchs au sucre pur pour annuler l’envie de pâtisserie ? C’est évidemment absurde. Ce qui domine le sucre, c’est la quantité de gâteau régulièrement dégustée, plus elle est grande plus la surcharge pondérale est grande. Une portion de 300 grammes par mois n’a pas le même effet sur le poids et l’enracinement de la pratique que 30 par mois de 100  grammes.  


Nous avons vu que le fumeur supporte mal une autre qualité que la préférée, c’est donc qu’il n’y a pas d’élément dominant dans la fumée de tabac, c’est l’ensemble des éléments de la fumée de la qualité préférée que veut le fumeur. 


En diminuant un élément, nicotine, goudron ou autre, l’envie n’est pas de renouer avec la partie dominante mais avec l’égalité des  parties, c’est notamment le cas avec la cigarette légère en nicotine commercialisée.  


Que ce soit l’égalité ou qu’une partie domine (pour la minorité qui n’a pas de qualité préférée), ce qui domine l’un ou l’autre est la grande quantité de cigarettes disponible dans le paquet et sans cesse renouvelée à chaque achat, ce qui est à la base de la répétition fréquente, fondement de l’enracinement profond d’une pratique ou habitude. Le potentiel de répétition n’est pas le même avec une grande quantité et une faible ou l’unité, avec 20 cigarettes, 10 , 5 ou 1 dans un sac ou une poche. L’envie est difficile à maîtriser avec 20 et facile avec 1, entre les deux quantités les degrés intermédiaires. 


En conclusion, il n’y a pas de dépendance à la nicotine ou autre élément de la fumée, mais une dépendance au paquet de cigarettes en général et au paquet de la qualité préférée en particulier. 


La croyance en la dépendance à la nicotine est solidement ancrée. En 1988, le Surgeon General (Ministère de la Santé) des États-Unis a déclaré dans un rapport que le tabagisme était une dépendance à la nicotine, et que la nicotine a une puissance addictive au moins comparable à la cocaïne et à l’héroïne (5), c’est vrai pour le paquet de cigarettes mais pas pour la nicotine. Cette déclaration, largement reprise par les médias, s’est propagée dans le monde en quelques semaines, chaque fumeur en a été convaincu et la fausse information court toujours. Est-ce une erreur volontaire ou par ignorance ? Difficile ou impossible à savoir puisque des secrets professionnels labyrinthiques et bien ficelés peuvent faire obstacle (6).

 

Notre époque est plus vouée à une analyse quantitative, le mesurable en laboratoire (plus de 4000 composants de la fumée, milligrammes de nicotine, de goudrons…) qu’à une analyse qualitative, l’explication vient peut-être de là. 


L’effet est d’orienter le fumeur qui veut arrêter vers le traitement à la nicotine pure proposé par les laboratoires. En France, de 2005 à 2020, plus de 35 millions de traitements à la nicotine ont été vendus (7), plus de 2 millions par an en moyenne. 
 

Après ces phases préalables d’identification de la cause du tabagisme, nous pouvons voir les éléments de la méthode.
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1) Voir « Les échecs du sevrage tabagique » de F. Lebargy dans La revue du praticien Médecine générale, t.. 23, no 824, Juin 2009, graphique p. 436.

2) R. Truhaut et J. M. Jouany, Encyclopædia Universalis, 2002, t. 16, nicotine, p. 192.

3) H. Frenk, R. Dar, Dépendance à la nicotine, Critique d’une théorie, Les Belles Lettres, 2004, p. 4. 

4) R. Molimard, préface de Dépendance à la nicotine, Critique d’une théorie, p. XVIII. 

5) H. Frenk,  R.Dar, livre cité, p. 16. 

6) Le professeur et médecin Robert Molimard, Président et fondateur de la société de tabacologie dit ceci : « Cette théorie nicotinique de la dépendance au tabac repose sur des bases si fragiles que je la considère comme une des plus grandes impostures de notre temps. Autant la dépendance au tabac est une évidence, autant je trouve ahurissant que le Surgeon General ait pu officialiser la notion de « Nicotine addiction ». […] Une telle attitude qui suppose résolu le problème de la dépendance au tabac ferme la porte à toute recherche sur les propriétés addictives de cette plante et de sa fumée. Le rejet de la recherche académique sur le tabac par les cercles qui impulsent les politiques qui prétendent réduire sa consommation est à mes yeux la conséquence la plus grave de cet aveuglement, dont on peut se demander quelle en est la source, ignorance, naïveté, ou choix délibéré sous la pression occulte de lobbies. » R. Molimard, Préface du livre de Frenk et Dar, p. XVII. 

7) tt_20bil.pdf (ofdt.fr)

 

 

 

Il ne faut pas s'interdire de fumer

 

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