Le traitement à la nicotine n’annule pas l’envie de fumer

      

Le traitement avec une diminution de la dose de nicotine pure n’a pas l’efficacité escomptée car le fumeur veut la nicotine mélangée avec les autres composants de la fumée qui lui est agréable, or la nicotine pure est désagréable, et ce qui est désagréable provoque un appel pour l’agréable, ou n’annule pas l’envie de l'agréable, de  nicotine mélangée, incite donc à la rechute.

 

Il peut y avoir un effet placebo qui rassure et atténue l’envie de fumer, puis l’effet disparaît quand on arrête le traitement et le taux de rechute est le même que l’arrêt brutal sans aide, près de 90% à un an et plus ensuite. 


Le traitement serait efficace si la nicotine pure était plus agréable, meilleure que la nicotine mélangée, elle annulerait l’envie de nicotine mélangée, le fumeur arrêterait de fumer facilement et deviendrait nicotinomane, il y aurait de centaines de millions de nicotinomanes puisque les traitements existent depuis longtemps et ce serait connu de tous les fumeurs. 


Pour se rendre compte que la nicotine pure est désagréable il suffit d’en inhaler avec un inhalateur de nicotine pure vendu par les laboratoires,  procédé qui est le plus proche de l’inhalation de la fumée de tabac. 


La nicotine pure par voie orale provoque un assèchement de la bouche, une irritation de la bouche et de la gorge, de la toux, encombre le nez… À mesure que la dose de nicotine augmente, elle est de plus en plus désagréable, deux experts disent ceci : 


L’absorption par voie orale, de doses suffisamment élevées entraîne des sensations de brûlures, violentes et aiguës, dues à sa causticité, ainsi que des nausées, des vomissements, des diarrhées, des sensations de suffocation et d’angoisse, des contractions d’origine centrale. […] La nicotine est très toxique, une ou deux gouttes sur la langue ou l’œil d’un chien déterminent la mort immédiate. (1)


Comme la nicotine pure est désagréable, les volontaires pour les études sur la nicotine préfèrent ne pas s’en autoadministrer. Deux chercheurs sur la dépendance à la nicotine disent ceci après avoir étudié plus de 700 études diverses sur la nicotine : 


Nous avons établi qu’il n’y a pas une seule expérimentation connue en mesure de montrer que les êtres humains, y compris les fumeurs en situation d’abstinence, préfèrent s’autoadministrer de la nicotine (par injections en intraveineuse ou par un procédé quelconque de substitution nicotinique) comparativement au placebo . (2)


Le traitement à la nicotine pure des laboratoires n’est pas adapté à la réalité car ce n’est pas de la nicotine pure que veut le fumeur mais de la nicotine mélangée, comme il veut tous les composants de la fumée, goudrons, monoxyde de carbone, agents de saveur… mélangés et non purs. 


Le traitement à la nicotine en conformité avec la réalité de la nicotine mélangée et habituelle consiste à fumer des cigarettes de la qualité préférée avec de moins en moins de nicotine, la seule différence avec la pratique habituelle étant la quantité de nicotine. 


Par exemple le fumeur fumerait des cigarettes avec 95% de la nicotine habituelle jusqu’à ce qu’il s’y habitue et ne sente plus l’appel de la cigarette à 100% de nicotine (on s’habitue plus facilement à une petite différence qu’à une grande), 200 cigarettes par exemple, puis 200 avec 90%  jusqu’à ce qu’il ne sente plus l’appel de celle à 95%, ensuite 200 avec 85%… et enfin des cigarettes sans nicotine, il finirait donc par s’habituer à fumer des cigarettes sans nicotine, le traitement le fait arrêter de fumer de la fumée avec de la nicotine, mais il a encore envie de fumer et fume quand même.


Comme la nicotine n’a pas créée le tabagisme en totalité, elle ne peut le détruire en totalité, il faut s’imposer l’arrêt brutal pour arrêter de fumer.    


La croyance en la dépendance à la nicotine est solidement ancrée. En 1988, le Surgeon General (Ministère de la Santé) des États-Unis a déclaré dans un rapport que le tabagisme était une dépendance à la nicotine, et que la nicotine a une puissance addictive au moins comparable à la cocaïne et à l’héroïne (3) . Cette déclaration, largement reprise par les médias, s’est propagée dans le monde en quelques semaines, chaque fumeur en a été convaincu et la fausse information court toujours. Est-ce une erreur volontaire ou par ignorance ? Difficile ou impossible à savoir puisque des secrets professionnels labyrinthiques et bien ficelés peuvent faire obstacle (4) . 


L’effet morbide et mortel d’une telle affirmation autoritaire est que le fumeur pense qu’arrêter est bien plus difficile qu’en réalité car chacun sait qu’il est très difficile d’arrêter la cocaïne ou l’héroïne. Il est donc incité à ne pas arrêter, continue de fumer et s’expose aux maladies graves et mortelles du tabagisme.  


L’autre effet est d’orienter le fumeur qui veut arrêter vers le traitement à la nicotine pure proposé par les laboratoires. En France, de 2005 à 2020, plus de 35 millions de traitements à la nicotine ont été vendus (5)  (plus de 2 millions par an en moyenne), avec un taux très élevé de rechutes. 


Certaines statistiques sont habilement retournées. Par exemple, des laboratoires disent que le traitement à la nicotine a 70% de réussite en plus que l’arrêt sans aide. Ce qui veut dire que si 10 sur 100 n’ont pas rechuté un an après l’arrêt sans aide, 17 sur 100 n’ont pas rechuté avec la nicotine, ce qui fait bien, par rapport à 10, 70% en plus, mais c’est trompeur puisque le fumeur pense que c’est une efficacité beaucoup plus grande que l’arrêt sans aide. Il est donc attiré par cette publicité, bien plus que si on lui dit que l’efficacité est de 17% contre 10% pour l’arrêt sans aide, ou que 83 % rechutent à un an, ce sans parler de l’exagération commerciale du taux.   

 

 

 

1) R. Truhaut et J. M. Jouany, Encyclopædia Universalis, 2002, t. 16, nicotine, p. 192.

2) H. Frenk, R. Dar, Dépendance à la nicotine, Critique d’une théorie, Les Belles Lettres, 2004, p. 4. 

3) H. Frenk,  R.Dar, livre cité, p. 16. 

4) Le professeur et médecin Robert Molimard, Président et fondateur de la société de tabacologie dit ceci : « Cette théorie nicotinique de la dépendance au tabac repose sur des bases si fragiles que je la considère comme une des plus grandes impostures de notre temps. Autant la dépendance au tabac est une évidence, autant je trouve ahurissant que le Surgeon General ait pu officialiser la notion de « Nicotine addiction ». […] Une telle attitude qui suppose résolu le problème de la dépendance au tabac ferme la porte à toute recherche sur les propriétés addictives de cette plante et de sa fumée. Le rejet de la recherche académique sur le tabac par les cercles qui impulsent les politiques qui prétendent réduire sa consommation est à mes yeux la conséquence la plus grave de cet aveuglement, dont on peut se demander quelle en est la source, ignorance, naïveté, ou choix délibéré sous la pression occulte de lobbies. » R. Molimard, Préface du livre de Frenk et Dar, p. XVII. 

5) tt_20bil.pdf (ofdt.fr)

 

 

 

 

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